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Ce qu’un ergothérapeute fait chez vous (et ce qu’il ne fait pas)

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Ergothérapeute en visite à domicile

« On m'a dit de faire venir un ergothérapeute. » Souvent, la phrase s'arrête là. Le médecin l'a suggéré, l'assistante sociale l'a évoqué, un proche en a entendu parler — mais personne n'a expliqué ce qui allait se passer, combien de temps, ni ce que ça coûte.

Alors voici, concrètement, ce que je fais quand j'entre chez vous. Et, tout aussi utile : ce que je ne fais pas.

Sommaire

  1. Les 90 minutes d'une visite, dans l'ordre
  2. Pourquoi je vous fais refaire les gestes
  3. Le rapport : à quoi il sert, à qui il sert
  4. Ce que je ne fais pas
  5. Le coût et les prises en charge
  6. Repartir avec trois priorités, pas trente

Les 90 minutes d'une visite, dans l'ordre

Une première visite dure environ une heure trente. Ce n'est pas une inspection, et il n'y a rien à préparer — surtout pas à ranger.

Les vingt premières minutes, on parle. Pas du logement : de vous. Comment se passe une journée ordinaire. Ce qui a changé depuis un an. Ce qui vous agace, ce que vous avez arrêté de faire, ce que vous ne dites pas à vos enfants. C'est la partie la plus importante de la visite, et c'est celle qu'on croit inutile.

Ensuite, on circule. Je vous suis dans votre logement, pièce par pièce, en suivant l'ordre de votre journée plutôt que celui du couloir. Je regarde des hauteurs, des largeurs, des appuis, des éclairages. Je mesure ce qui doit l'être.

Puis on refait des gestes. C'est le cœur de la visite, et j'y reviens plus bas.

Enfin, on discute des priorités, avant que je parte. Vous devez avoir une idée de la suite en refermant la porte, pas seulement en recevant le rapport.

Si un proche peut être présent, c'est mieux : il voit des choses que vous ne voyez plus, et vous en dites d'autres qu'il ignorait.

Pourquoi je vous fais refaire les gestes

C'est la partie qui surprend, et parfois qui agace un peu. Je vais vous demander de vous lever de votre fauteuil. D'entrer dans votre douche. D'attraper une casserole. De faire, devant moi, des choses que vous faites seul dix fois par jour.

Ce n'est pas de la méfiance. C'est que la parole et le geste ne disent pas la même chose.

À la question « est-ce que vous y arrivez ? », presque tout le monde répond oui. Et c'est vrai : vous y arrivez. Mais je vois en trois secondes que vous vous appuyez sur le lavabo pour vous relever, que vous prenez appui sur la porte de douche — celle qui n'est pas faite pour ça —, ou que vous vous y prenez en deux fois. Ces informations-là ne se racontent pas. Elles s'observent.

Un ergothérapeute observe des gestes, pas un logement. C'est toute la différence avec une visite technique : deux logements identiques n'appellent pas les mêmes solutions si les personnes qui y vivent n'ont pas les mêmes forces, les mêmes habitudes, le même côté valide.

C'est aussi pour cela que la visite se fait chez vous, et pas en cabinet. Une aide technique choisie ailleurs se révèle régulièrement inutilisable une fois à la maison : le déambulateur qui ne passe pas les portes en est l'exemple le plus courant.

Le rapport : à quoi il sert, à qui il sert

Après la visite, je vous envoie un rapport écrit. Il contient ce que j'ai observé, mes préconisations, et surtout leur hiérarchie.

Il sert à trois choses, et il vaut la peine de le savoir avant :

À vous, comme feuille de route : quoi faire, dans quel ordre, avec quelles cotes précises.

À un artisan. Un carreleur ne sait pas à quelle hauteur poser une barre pour vous. Avec le rapport, il exécute des cotes au lieu d'improviser. C'est ce qui évite la barre posée quinze centimètres trop haut.

À un dossier d'aide. C'est le point que les familles sous-estiment le plus. Une demande accompagnée d'une préconisation argumentée — pourquoi cet équipement, pour quel geste, avec quelle conséquence s'il n'est pas installé — n'a pas le même poids qu'un devis seul. Le devis dit combien ça coûte ; la préconisation dit pourquoi c'est nécessaire. C'est la seconde qui emporte la décision.

Ce que je ne fais pas

Autant le dire clairement, cela évite des malentendus.

Je ne fais pas les travaux. Je ne perce pas, je ne pose pas, je ne carrelle pas. Je peux vous orienter vers des artisans habitués à l'adaptation, et suivre le chantier pour vérifier que ce qui est fait correspond à ce dont vous avez besoin — mais je ne suis pas l'entreprise.

Je ne vends pas de matériel. Aucun. C'est une position confortable : je peux vous dire qu'un équipement à trois mille euros ne vous servira à rien, ou qu'une solution à trente euros suffit. Personne ne m'y pousse dans un sens ou dans l'autre.

Je ne prescris pas. Certains équipements relèvent d'une prescription médicale : c'est le rôle de votre médecin. Je préconise, il prescrit.

Je ne fais pas de diagnostic médical. Si je constate quelque chose qui m'interroge — un équilibre qui se dégrade, des douleurs, une vue qui baisse —, je vous renvoie vers votre médecin, un kinésithérapeute, un pédicure-podologue ou un ophtalmologiste. L'aménagement ne remplace aucun soin.

Je ne décide pas à votre place. Y compris quand la décision me paraît discutable. Un aménagement imposé n'est pas utilisé : ce n'est pas une conviction, c'est un constat de terrain.

Le coût et les prises en charge

Les prestations d'ergothérapie en libéral ne sont pas remboursées par l'Assurance Maladie. C'est une réalité, et il vaut mieux la connaître d'emblée.

En revanche, plusieurs dispositifs peuvent prendre en charge tout ou partie de la visite selon votre situation : certaines mutuelles, les caisses de retraite, l'APA pour les personnes âgées en perte d'autonomie, la PCH via la MDPH en cas de handicap. Dans certains cas, la visite est prise en charge par un bailleur social.

Je suis par ailleurs partenaire de la société ALOGIA, spécialisée dans l'adaptation du logement et le maintien à domicile, et de la caisse de retraite AG2R : certaines visites entrent dans ce cadre.

Le montage varie beaucoup d'une situation à l'autre. Le plus simple est d'en parler avant : on saura rapidement ce qui est mobilisable dans votre cas.

Repartir avec trois priorités, pas trente

Un logement, quand on le regarde avec un œil professionnel, présente toujours vingt points perfectibles. Vous les lister serait facile, et parfaitement décourageant.

Ce n'est pas le travail. Le travail, c'est de trier : ce qui fait tomber, ce qui fait renoncer, ce qui épuise l'aidant. Le reste peut attendre, et le dire fait partie du métier.

Vous repartez donc avec trois ou quatre priorités, pas trente. Souvent, les premières ne coûtent presque rien : une lumière, un tapis, une hauteur d'assise. Les familles s'attendent à un devis, et repartent avec une veilleuse et deux mesures.

Si vous vous demandez si votre situation justifie une visite, par où commencer vous donnera déjà de quoi avancer seul. Et si le doute persiste, appelez : dix minutes au téléphone suffisent généralement à savoir si une visite a du sens.

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